La catégorisation, c'est-à-dire ranger chaque chose selon un critère bien défini, est un processus cognitif essentiel. Petit, nous avons beaucoup classé et trié avec Triton. Aujourd'hui, on s'amuse avec des concepts plus poussés. Voici, un petit jeu de catégorisation sur les notions de vivant et non-vivant que j'ai fait avec Triton pendant ces vacances.  A réserver plutôt à des enfants avancés sur le plan langagier, à partir de 4-5 ans.

Objectifs :

  • élargir le vocabulaire de l'enfant
  • susciter le questionnement
  • établir une classification
  • faire intervenir des catégories vues antérieurement
  • manipuler des concepts.

Petit rappel :

Je pourrais écrire plusieurs pages sur le sujet mais je vais vous épargner cela. Je voudrais juste faire un petit point et un rappel sur la notion et son importance. Catégoriser, c’est construire une catégorie ou affecter un objet à une catégorie existante. Nous pouvons catégoriser tous les objets de notre environnement, selon différentes façons, suivant différents critères ou référents. C'est notre pensée qui structure le monde et c'est le langage qui fait notre pensée. Ainsi, une pauvreté de langage entraîne un faible développement cognitif et des omissions de mots dans les productions langagières reflètent une mauvaise mise en relation entre les differents composants qui font la pensée.(Ceci a été démontré par l'étude française de Vincent-Durroux en 2008, sur des enfants implantés ayant pourtant choisi la langue orale comme langue de communication). Mais comme la catégorisation fait partie des opérations mentales de base qui sont transversales à tous les apprentissages, elles peuvent être construites pour elles-mêmes et ensuite réinvesties. En bref, ça se travaille. 

L'approche choisie :

Dès le plus jeune âge et dès l'école maternelle, on propose des activités de tri aux enfants selon la forme, la couleur ou autre. Des automatismes s'acquièrent. Alors j'ai proposé à Triton le processus inverse afin d'éviter de créer des connaissances toutes faites.

Postulat de départ : Pourquoi ces choses vont-elles bien ensemble ?

Ici, je ne propose donc pas une activité de tri, habituelle en maternelle, mais je propose de déplacer peu à peu l'attention de l'enfant vers une nouvelle finalité : comprendre la procédure.

1. Imprimer les images, les découper et les plastifier. En conserver quatre (deux de chaque catégorie) en réserve.

2. Nommer les images. Tout d'abord, comme d'ailleurs tous les jeux de cartes, nous avons observé les images, les avons décrites, commentées afin de savoir de quoi nous parlions. C'est donc une activité de langage et d'enrichissement du vocabulaire en premier lieu.  Mais attention à ne pas aller trop loin dans les explications avec un enfant bavard (et je sais bien de quoi je parle) parce que l'objectif du jeu risque de disparaitre. Les coraux ont beaucoup intéressé Triton. Cela m'a permis ultérieurement de lui montrer d'autres images de coraux, de parler des mers "chaudes", d'utiliser un globe terrestre pour les situer et de parler de Nemo (oui parce que Triton reste un enfant de 4.5 ans )

3. La question .Puis nous avons étalé les images sur la table et j'ai demandé à Triton de les classer selon deux groupes.

Comment classer toutes ces images en 2 catégories ? 

Au lieu de lui donner le critère de sélection, j'ai choisi de laisser triton se débrouiller. En se posant cette question, l'enfant doit tenter de découvrir la "règle de tri".

  4. Accompagner le raisonnement

Triton a commencé à mettre d'un côté les animaux et de l'autre des objets.

Et puis, Triton étant bien embarrassé, il a constitué un troisième groupe, celui des je ne sais pas.

A l'intérieur de ce dernier, nous avons repris tous les éléments afin de trouver un critère qui pourrait rattacher soit aux objets, soit aux animaux.

A ce moment, les voitures sont parties rejoindre les poupées, les légumes ont été réunis puis ont rejoint les animaux.

Triton a rassemblé le béton et  le sable ensemble, sans pouvoir me dire vraiment le point commun. Les mots manquaient.

5. J'ai alors donné l'élément, le critère de sélection : le vivant. D'un côté, on a ce qui est vivant et de l'autre non. Il a donc fallu définir le vivant :) De notre côté, je l'ai joué simplement, pardon à tous les philosophes et scientifiques qui pourraient lire ces phrases...

Nous avons parlé de développement (une plante peut grandir, une voiture non), de reproduction (Un animal peut faire des petits. Une voiture doit être fabriquée.) et d'échanges (Une plante peut "respirer", un crayon non).

6. Vérification.

Afin de vérifier si Triton avait saisi le concept, j'ai donc introduit les quatre images que j'avais mis en réserve et je lui ai demandé où les mettre, dans quelle catégorie. Pas de souci, l'eau a bien trouvé sa catégorie de "non vivant", les cailloux aussi.

En faisant cet exercice "à l'envers", nous aidons l'enfant à passer de savoir-faire inconscients à des savoirs explicites et transposables. L'explication permet le passage de l'un à l'autre.

Pour aller plus loin, j'ai trouvé ce lien interessant vers une petite histoire Eugénie questionne son papa