Un Week-End passé avec une amie et collègue enseignante et me voici de nouveau piquée par la fibre pédagogue. Nous parlions toutes deux (entre autres) de nos enfants, du primaire et de l'importance de l'acquisition de la lecture pour la réussite future. J'ai alors repensé au dernier colloque de l'ACFOS  et du constat scolaire de nos enfants implantés... retour sur un sujet tracassant.

Un constat inquiétant

ACFOS 2012 : Enquête sur la scolarité mis en place par génération Cochlée. Il y a eu 400 réponses pour 820 adhérents.

Il s'agit de familles dont les enfants ont été implantés à l'âge moyen de 18 mois, ce qui reste jeune même si aujourd'hui, cet âge tend à baisser (pour de meilleurs résultats encore).

Les 2/3 de ces enfants sont scolarisés dans des classes ordinaires, en école de quartier. Le tiers restant se trouve dans des classes spécialisées ou des CLIS (classes dites "intégrantes" au sein d'un établissement classique).

  • Il apparaît que 8% des enfants ont redoublé une classe de maternelle,
  • que le cycle 2 (celui de l'apprentissage de la lecture) est le plus redoublé,
  • et qu'au final, un collégien sur 2 a redoublé au moins une fois durant sa courte scolarité. (50%)

Par rapport à d'autres études précédentes, ces chiffres restent relativement constants.

En effet, en 2007, environ 5 % des enfants de maternelle  redoublait déjà, un 1/4 en primaire et la moitié au début du Lycée. En plus, il s'agissait dans le cas des enfants porteurs d'une surdité, d'un, ou deux, voire TROIS redoublements !

 

Pourtant, en parallèle de ce constat, les professionnels insistent bien sur le fait que ce sont des enfants profitant de 4 séances d'orthophonie en moyenne par semaine en maternelle et que les 3/4 ont un suivi global par des centres spécialisés surdité, même en primaire.

Quid des entendants ?

Les résultats sont indéniablement meilleurs, même en prenant les pires chiffres sortis de l'Education Nationale ou de syndicats obscurantistes.

Je rappellerai donc qu'aujourd'hui, il y a de moins en moins de redoublement, essentiellement pour des raisons politiques et financières plus que de "niveau". Mais sans être partisan du pour ou contre le redoublement pour nos élèves Français, comparons seulement les chiffres au sein de l'hexagone.

Déjà en 1997, seulement 18 % des enfants de primaire redoublait (7% redoublait le CP) et s' ils appartenaient à une classe sociale moyenne ou aisée, ce pourcentage chutait sous la barre des 10 %...

Aujourd'hui, selon une étude Eurydice commandée par la Commission européenne au sujet du redoublement, la France présentait le chiffre de 17,8% de redoublement en primaire et 23,5% au niveau du collège. Selon la source : Repères et Références Statistiques 2008, le taux de redoublement en maternelle (MS et GS) était alors de 2,4 %...

De même, depuis 2000, le retard de deux ans a quasi disparu...

Et ceci n'est que la face immergée de l'iceberg car il ne faut pas oublier tous ces enfants un peu "faibles" qui poursuivent leur scolarité tout en cumulant des lacunes leur restreignant leurs choix futurs...

Alors autant pour les générations précédentes, l'echec scolaire pouvait se comprendre, notamment en lien avec la difficulté pour une personne ne pouvant entendre et communiquant avec les signes, de comprendre et de maîtriser l'écriture et la lecture. Mais aujourd'hui ? Pour ces enfants implantés jeunes ? Pris en charge "précocément"? Pourquoi note-t'on une difficulté si intense au niveau du cycle 2 ?

Parce qu'il ne faut pas nier une certaine réalité. C'est que la réussite future de l'enfant dépend de son niveau à l'âge de 6ans. Ainsi, un élève qui fait partie des 10 % des élèves les plus faibles à l'entrée du CP réussit à l'évaluation de 6ème, 30% d'items en moins en Français et 39% de moins en mathématiques qu'un écolier faisant partie des 10% d'élèves présentant les compétences initiales les plus élevées. Les disparités de réussite selon le niveau initial sont, en français comme en mathématiques, 4 à 5 fois plus fortes que celles associées à l'origine sociale. (source : insee, rapport de Caille et Rosenwald)

Les raisons évoquées ?

Alors moi, naivement surement, je me dis : "tout ça pour ça ?". Autant de suivi, d'encadrement précoce, d'orthophonie, de stage LPC, de séances collectives aux noms fumeux, pour CE RESULTAT ? Parce que l'on peut retourner le problème comme on le souhaite, les résultats de la scolarité de nos enfants implantés est MAUVAISE. (et encore, je reste soft). Et lorsque la question du pourquoi est formulée, les poncifs habituels sont ressortis tels des épouvantails: "chaque enfant est différent, il y a l'impact des troubles associés, les aides de la MDPH sont insuffisantes, le suivi de ces enfants n'est pas toujours bon car des zones ne sont pas couvertes..."

Et là je pleure.

Je pleure de constater que les fameux professionnels ne se remettent pas en question, ne s'interrogent pas sur des questions de fonds et au final ne secouent pas le cocotier afin de revoir leurs méthodes. Parce que partout il est écrit que l'enfant "sourd" doit développer sa communication avec des aides visuelles, du LPC notamment pour les projets oralistes. Jamais il est dit que l'enfant PEUT ENTENDRE, qu'il peut se reposer sur SON OREILLE. Il faut sans cesse lui donner des béquilles, alors qu'une fois dans le milieu scolaire, les codeuses sont rares, les heures de présence de ces aides qui sont devenues indispensables à l'enfant sont très faibles ! Nier les évolutions technologiques et les nouvelles capacités de nos enfants, c'est les maintenir dans le handicap scolaire !

Cela va sans dire, les aberrations de l'enseignement français dans sa globalité n'aident absolument pas....

Je pleure parce qu'à force de s'entendre dire qu'un enfant sourd reste sourd et handicapé, tout le monde s'en convainc et impose des limites aux enfants. Autant il est légitime pour un parent de vouloir une intégration scolaire la plus "classique" possible pour son enfant, chose qu'on lui dit possible notamment grâce à l'implant cochléaire !, autant du coup,( et peut-être même plus ) il faut donner à l'enfant de vrais moyens de s'insérer correctement au sein d'un milieu entendant. Et quand je parle de moyens, ce n'est pas une question d'argent. Les moyens, c'est tout le travail en amont sur la communication et le langage, la syntaxe et le vocabulaire, la confiance en l'auditif et au rattrapage précoce du niveau de ces pairs. Je ne suis pas pour les plâtres sur les jambes de bois.

Il y a loin encore entre le dire et le faire...